Le vieux.

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Le Merle Blanc
Héron cendré
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Le vieux.

Message par Le Merle Blanc » 12 mai 2018, 21:26

Une main tremblante appuyée sur la canne
Il marche appesanti de frissons incessants,
Le dos courbé par l'âge, le pli des reins cassant,
Il court après les jours que la vie lui condamne.

Dans ses habits fripés souvent mal ajustés,
Par mouvements ténus et gestes un peu lents,
De peur appréhendant chaque déplacement
Quand l'équilibre fuit venant à lui manquer.

Pourtant il faut sortir quérir la nourriture,
Pains légumes laitages et eaux salvatrices,
Le chien qui l'accompagne, de son regard factice
Pleure le temps déchu des anciennes droitures.

Il a le teint cuivré des êtres burinés
Les yeux où sans arrêt une larme bondit,
Des lèvres sans couleur comme mortes de vie,
Des cheveux clairsemés, un crane dénudé.

Les jeunes moquent son excessive langueur,
Les adultes piétinent derrière lui aux caisses,
Et le long du trottoir la foule le délaisse
Bousculant chahutant et semant la frayeur.

Le vieux ne répond plus aux infamies moqueuses
Il a pris son parti, l'âge est un grand secours,
Délaissant les mépris que prônent les vautours...
Il attend désormais une fin voyageuse.

Une petite fille a traversé la rue,
Lui a tendu la main, lui porte son cabas,
En parlant doucement elle lui prend le bras
Faisant naître des pleurs dans les yeux éperdus.

Jusqu'au pas de la porte elle lui a parlé,
Des mots incohérents des paroles caresses,
Puis s'en est retournée rejoindre la jeunesse
Sous le merci brillant d'un regard délavé.

L'ancêtre est enfermé dans sa morne demeure,
Il a battu les œufs fait cuire l'omelette,
Avale ses cachets un peu à l'aveuglette,
Qu'importe ces instants sont ses dernières heures.

A l'abri de l'huis clos il a fermé les yeux
Sur une douce image, le regard d'une enfant,
Dans la noire torpeur il glisse lentement
Et déjà dans l'oubli il s'évanouit heureux.


12 05 2018.
Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité: Jean Cocteau

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