Poésies (mont)parnassiennes

En vers ou en prose !
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 18 novembre 2016, 20:35

Ne cherche pas !

Je suis une fille aconchée (plaisante, agréable), je prends la vie du côté de l'irrision (à la rigolade) et cela fait jaboter (médire d'une voix peu élevée, parler dans le jabot) dans mon dos. Je laisse couler, rien ne bouchera l'abée (petit passage guidant l'eau sur la roue d'un moulin) de mon moulin à paroles. Pas besoin de maître-à-danser (compas d'horloger) pour mesurer combien les choses simples sont banalisées. La nana qui sort de magdelonentte (couvent) se rebiffe. Les zylolâtres (adorateur d'îdoles en bois) seront déçus, Liza n’est pas de bois ! Pas besoin d’écrire des virelais (poésie courte) pour le chanter sur les toits ni de maraglier (sonneur de clôches) pour alerter les populations. J’avoue spontanément : La Fille d’acier a le cœur tendre !
La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmise, qu'il fait bon vivre !
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 18 novembre 2016, 21:13

Voilà, là c'est bien ! et en plus c'est drôle.

L'article ? Oui, j'avais déjà lu / vu les problèmes que rencontrent les surdoués. Mais ce qui m'intéresserait plus c'est de connaître leur avenir. Que deviennent-ils ensuite ? On n'en parle jamais. Le public s'intéresse aux « petits génies » du violon mais font-ils de grands violonistes ? Une compétence exceptionnelle vaut-elle plus que la polyvalence d'un grand artiste ou d'un grand scientifique ?

Il faudra que je te trouve un article sur les écoliers lents et rêveurs. C'est plus mon profil... Il faut s'accepter !
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 18 novembre 2016, 22:36

Tu l'avais déjà lu, tu me surprends.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 19 novembre 2016, 16:49

Pas cet article, non, mais le même sujet. Bon, reprenons nos Fleurs... Celui-ci est un ajout de l'édition de 1861. Je me souviens de l'avoir lu en cours de français en 19.., enfin, au siècle passé. Il me fait moins forte impression aujourd'hui, peut-être que mes goûts ont changé. Ah, lecteur ingrat !


CHANT D’AUTOMNE

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

(Les Fleurs du mal, 1861)


J'aime : « Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé. » Aurais-je copié Baudelaire dans Solitude ? Certainement ! Avec la foi du naturel, tant son sang coule dans mes veines.

Et ceci, résiste encore, à tout ce qui a été déjà entendu :

« Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd. »
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 19 novembre 2016, 16:56

Ajout de 1861. Forte impression. Je l'ai moins lu mais tout de même !


À UNE MADONE

ex-voto dans le goût espagnol

Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon cœur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d’azur et d’or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d’un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma Jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d’un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l’empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d’argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l’autel fleuri de la Reine des Vierges,
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t’admire,
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.
Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l’amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Cœur pantelant,
Dans ton Cœur sanglotant, dans ton Cœur ruisselant !

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 19 novembre 2016, 17:46

Tu l'avais déjà lu, je parlais de l'article bien entendu. Nous n'avons pas trouvé de vieux surdoués pour décrire le futur. Sont-ils rentrés dans le troupeau ?

Tu sembles avoir une sympathie pour les Fleurs de mal. Vais-je la partager !

Peut-être.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 20 novembre 2016, 21:57

@Liza : je vais te dire, les Fleurs du mal sont avant tout des fleurs. D'autant qu'après tous les prédécesseurs de Baudelaire qui ont abondamment cultivé les fleurs du bien, quelle poésie originale lui restait-il à explorer ?

Encore un ajout de l'édition de 1861. Un poème de 1857 (L’Heautontimoroumenos) a été déplacé à la fin de la première partie (« Spleen et Idéal »).



CHANSON D’APRÈS-MIDI

Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n’est pas celui d’un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t’adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l’énigme et du secret.

Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d’un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude.

Ah ! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts !

Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.

Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser ;

Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon cœur
Ton œil doux comme la lune.

Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie,
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,

Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur !
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie !

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 20 novembre 2016, 22:00

Ajout de 1861.


SISINA

Imaginez Diane en galant équipage,
Parcourant les forêts ou battant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s’enivrant de tapage,
Superbe et défiant les meilleurs cavaliers !

Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,
Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,
La joue et l’œil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ?

Telle la Sisina ! Mais la douce guerrière
A l’âme charitable autant que meurtrière ;
Son courage, affolé de poudre et de tambours,

Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son cœur, ravagé par la flamme, a toujours,
Pour qui s’en montre digne, un réservoir de larmes.

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 21 novembre 2016, 15:43

@Liza : je n'ai pas trouvé « magdelonentte » mais « madelonnettes » dans le Littré et « madelonnette » dans Wiktionnaire.
Idem pour « Zylolâtre ». Je pense que c'est « Xylolâtre ».
Id. « maraglier ». Je trouve « marreglier » ou « marguillier » mais pas avec le sens que tu donnes.

Je n'ai pas corrigé ton message : est-ce une variante ou une coquille ? Tu me diras.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 21 novembre 2016, 16:31

Tu trouveras "maraglier" ici :

https://fr.geneawiki.com/index.php/Lexi ... -_lettre_M

Magdelonnettes : n. f. plur. Couvent où l’on enfermait des jeunes filles pour les punir ou les châtier.

Je trouve magdelonnettes sur internet dans je ne sais quel bouquin, il me parle des bonnes soeurs et lit le mot plusieurs fois.

Xylolâtre : c'et une coquille Xylo étant la "racine du bois" à la lecture de synthèse le son Zy et Xy est partiquement identique, j'ai écrit sans réfléchir, une fois de plus.

Impossible de copier la définition du Petit Liza, le copier/coller ne fonctionne pas. Lou essayera de régler cela quand il aura du temps. Je rajoute mes mots, il accepte les entrées, pas les sorties.
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