Crébillon fils (1707-1777)

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Montparnasse
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Crébillon fils (1707-1777)

Message par Montparnasse » 13 juin 2016, 17:27

Les Egarements du coeur et de l'esprit (1736-1738)

(...)

Une femme, quand elle est jeune, est plus sensible au plaisir
d’inspirer des passions, qu’à celui d’en prendre. Ce qu’elle
appelle tendresse n’est le plus souvent qu’un goût vif, qui la
détermine plus promptement que l’amour même, l’amuse pen-
dant quelque temps, et s’éteint sans qu’elle le sente ou le
regrette. Le mérite de s’attacher un amant pour toujours ne vaut
pas à ses yeux celui d’en enchaîner plusieurs. Plutôt suspendue
que fixée, toujours livrée au caprice, elle songe moins à l’objet
qui la possède qu’à celui qu’elle voudrait qui la possédât. Elle
attend toujours le plaisir, et n’en jouit jamais : elle se donne un
amant, moins parce qu’elle le trouve aimable, que pour prouver
qu’elle l’est. Souvent elle ne connaît pas mieux celui qu’elle
quitte que celui qui lui succède. Peut-être si elle avait pu le gar-
der plus longtemps, l’aurait-elle aimé; mais est-ce sa faute si elle
est infidèle ? Une jolie femme dépend bien moins d’elle-même
que des circonstances ; et par malheur il s’en trouve tant, de si
peu prévues, de si pressantes, qu’il n’y a point à s’étonner si,
après plusieurs aventures, elle n’a connu ni l’amour, ni son cœur.
Est-elle parvenue à cet âge où ses charmes commencent à
décroître, où les hommes indifférents pour elle lui annoncent par
leur froideur que bientôt ils ne la verront qu’avec dégoût, elle
songe à prévenir la solitude qui l’attend. Sûre autrefois qu’en
changeant d’amants elle ne changeait que de plaisirs ; trop heu-
reuse alors de conserver le seul qu’elle possède, ce que lui a coûté
sa conquête la lui rend précieuse. Constante par la perte qu’elle
ferait à ne l’être pas, son cœur peu à peu s’accoutume au senti-
ment. Forcée par la bienséance d’éviter tout ce qui aidait à la dis-
siper et à la corrompre, elle a besoin pour ne pas tomber dans la
langueur de se livrer tout entière à l’amour, qui, n’étant dans sa
vie passée qu’une occupation momentanée et confondue avec
mille autres, devient alors son unique ressource : elle s’y attache
avec fureur ; et ce qu’on croit la dernière fantaisie d’une femme
est bien souvent sa première passion.

(...)

(Partie I)
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Liza
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Re: Crébillon fils (1707-1777)

Message par Liza » 13 juin 2016, 20:39

Je pensais à un avenir différent, peut-être dérogerai-je à cette évocation.
La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmise, qu'il fait bon vivre !
Ma page Spleen...

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