Homère - Iliade (Chant XXII)

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Montparnasse
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Homère - Iliade (Chant XXII)

Message par Montparnasse » 10 avril 2016, 19:44

Achille poursuivant Hector auprès des murs de Troie

Traduction par Meunier (1943)

" Voilà ce qu'il agitait, sans bouger de sa place. Mais Achille arrivait près de lui, semblable au belliqueux Arès, le combattant au casque impétueux ; il brandissait sur son épaule droite sa lance terrible en frêne du Pélion. Autour de lui, le bronze rutilait, pareil à l'éclat du feu qui flambe ou du soleil levant. Hector, dès qu'il le vit, fut saisi d'un frisson ; il n'eut plus la force de l'attendre sur place ; laissant derrière lui les portes de la ville, il partit et s'enfuit effrayé. Le Péléide s'élança sur ses traces, confiant en ses pieds prompts. De même que l'épervier, le plus prompt des oiseaux, du haut des montagnes fond avec aisance sur une tremblante colombe ; l'oiseau s'enfuit sous l'élan du rapace, mais celui-ci se rapproche, pousse des cris perçants, multiplie ses bonds, dans le désir qui le pousse à se saisir de sa proie ; de même, porté par son ardeur, Achille volait droit en avant, tandis qu'en sa frayeur Hector fuyait au pied du rempart des Troyens et manœuvrait ses rapides genoux. Tous deux alors, s'écartant de plus en plus du mur, passant auprès du poste d'observation et du figuier battu des vents, s'élancèrent sur la route des chars. Ils arrivèrent au bord des deux fontaines aux belles eaux courantes, à l'endroit où jaillissent deux sources provenant du Scamandre aux eaux tourbillonnantes. L'une fait couler une eau chaude et monter comme d'un feu qui brûle, une fumée autour d'elle ; l'autre, pendant l'été, épanche un flot comparable à la grêle, à la froide neige ou à la glace qui est formée par l'eau. Là, tout près d'elles, étaient de larges lavoirs, de beaux lavoirs en pierre, où les épouses troyennes et leurs charmantes filles lavaient leur linge éblouissant, jadis, en temps de paix, avant que vinssent les fils des Achéens. Ils les longèrent en courant ; l'un d'eux fuyait, et l'autre, par derrière, lui donnait la poursuite. En avant, c'était un vaillant qui fuyait, mais c'était un bien plus brave encore qui le poursuivait avec rapidité. Tous deux ne voulaient pas gagner une victime, ni une peau de bœuf, ces prix coutumiers des compétitions pédestres chez les hommes ; mais l'enjeu de leur course était la vie d'Hector, le dompteur de chevaux. De même que, pour disputer le prix, les chevaux aux sabots emportés autour des bornes galopent à toute allure ; le grand prix est là : trépied ou femme, et les jeux se célèbrent en l'honneur d'un défunt ; tous deux, de même, firent trois fois le tour de la ville de Priam, emportés par leurs jambes alertes. Tous les dieux considéraient ce spectacle, et le Père des hommes et des dieux fut le premier alors à prendre la parole :

— Hélas ! c'est un homme qui m'est cher que mes yeux voient poursuivre autour de la muraille. Mon cœur s'apitoie sur Hector, qui a brûlé pour moi maintes cuisses de bœufs sur les sommets de l'Ida aux replis innombrables, et d'autres fois encore au sommet de la ville. Et maintenant, voici que le divin Achille, avec ses pieds rapides, le poursuit autour de la ville de Priam. Allons ! songez et décidez, dieux, si nous le sauverons de la mort, ou si, dès ce moment, nous le ferons abattre par le Péléide Achille, quelque brave qu'il soit. »

Athéna, la déesse aux yeux pers, lui répondit alors :

— Père qui détiens la foudre éblouissante, dieu des sombres nuées, qu'as-tu dit ? Un homme, un mortel marqué depuis longtemps par le Destin, tu veux l'affranchir de la mort exécrée ! Fais-le, mais nous tous, les autres dieux et moi, nous ne t'approuvons pas. »

Zeus assembleur de nuées lui répondit et dit :

—Rassure-toi, Tritogénie, ma fille. Je ne parle pas d'un cœur bien décidé, et je veux te complaire. Agis à ton idée ; ne t'en désiste plus. »
En parlant ainsi, Zeus excita l'ardeur déjà brûlante d'Athéna. Elle descendit d'un bond des sommets de l'Olympe.

Cependant, le rapide Achille poursuivait Hector sans relâche en le serrant de près. De même qu'un chien poursuit dans les montagnes, à travers vaux et combes, le faon d'une biche qu'il a levé du gîte ; s'il lui échappe après s'être terré sous un buisson, le chien court sans répit et le suit à la piste, jusqu'à ce qu'il l'ait trouvé ; de même, Hector n'échappait pas au fils aux pieds rapides de Pelée. Chaque fois qu'il s'élançait en face des portes dardaniennes, songeait à bondir sous les murs bien construits, dans l'espoir que les traits des Troyens du haut des remparts pourraient le protéger, chaque fois Achille, prenant les devants, le rabattait vers la plaine, car il volait toujours en appuyant du côté de la ville. De même qu'en un rêve, lorsqu'un homme ne peut se mettre à la poursuite d'un autre qui s'enfuit : l'un ne peut pas se dérober à l'autre, ni l'autre le poursuivre ; de même, Achille ne pouvait pas atteindre Hector à la course, ni Hector se soustraire à Achille. Dès lors, comment Hector aurait-il pu échapper aux Génies de la mort, si Apollon, pour l'ultime et la dernière fois, n était venu près de lui ranimer son ardeur et ses genoux alertes ? A ce moment, le divin Achille faisait à ses guerriers un signe de sa tête ; il leur défendait de lancer contre Hector des traits amers, car il craignait qu'un autre en l'atteignant ne lui prît cette gloire, et que lui-même n'arrivât qu'en second. Mais quand, pour la quatrième fois, ils revinrent tout auprès des fontaines, le Père alors déploya ses balances d'or ; il y plaça deux sorts marqués d'un raidissant trépas, l'un pour Achille, et l'autre pour Hector dompteur de chevaux. Par le milieu il souleva le fléau, et ce fut le jour fatal d'Hector qui se prit à pencher et à descendre jusque chez Hadès. Phœbos Apollon alors l'abandonna.

Athéna, la déesse aux yeux pers, accourut auprès du Péléide et, s'arrêtant près de lui, lui adressa ces paroles ailées :

— C'est maintenant, je l'espère, brillant Achille aimé de Zeus, que nous allons tous deux porter vers leurs vaisseaux une gloire insigne aux Achéens, en immolant Hector, tout insatiable de bataille qu'il soit. Il ne lui est plus permis à cette heure de nous éviter, pas même si Apollon, le dieu qui au loin écarte les fléaux, se donnait un grand mal, en se roulant aux pieds de son père, Zeus porte-égide. Toi donc, arrête-toi sur l'heure et reprends ton haleine. Pour moi, je vais joindre cet homme et le persuader de te combattre en face. »
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Homère - Iliade (Chant XXII)

Message par Montparnasse » 10 avril 2016, 19:45

Ainsi s'accomplissait la volonté de Zeus...
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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