Poésies (mont)parnassiennes

En vers ou en prose !
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 16 mai 2017, 15:19

Moi, j'aime les corbeaux pour deux raisons. Ils sont plus intelligents que la plupart des oiseaux — des expériences ont montré qu'ils peuvent adopter des stratégies proches de celles des singes — et leur couleur noire aux reflets bleutés est élégante et grave. Je ne les trouve pas lugubres, plutôt comiques même, lorsqu'ils sautillent ou se dandinent. D'ailleurs, ils ont aussi inspiré les plus grands poètes. Il faut aimer les corbeaux, « les chers corbeaux délicieux ».
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 25 mai 2017, 16:47

PATIENCE

D’un été.

Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent partout les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici s’enchevêtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange,
Azur et Onde communient.
Je sors ! Si un rayon me blesse,
Je succomberai sur la mousse.

Qu’on patiente et qu’on s’ennuie,
C’est si simple !… Fi de ces peines !
Je veux que l’été dramatique
Me lie à son char de fortune.
Que par toi beaucoup, ô Nature,
— Ah ! moins nul et moins seul ! je meure.
Au lieu que les bergers, c’est drôle,
Meurent à peu près par le monde.

Je veux bien que les saisons m’usent.
À toi, Nature ! je me rends,
Et ma faim et toute ma soif ;
Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.
Rien de rien ne m’illusionne ;
C’est rire aux parents qu’au soleil ;
Mais moi je ne veux rire à rien,
Et libre soit cette infortune.

(A. Rimbaud, Poésies)


Note

Hallali : Cri de chasse qui annonce que la bête poursuivie est aux abois.
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 25 mai 2017, 17:10

« Que notre sang rie en nos veines »

Cela veut-il dire irrigue ? Je ne connais pas l'emploi dans le sens rie.
La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmise, qu'il fait bon vivre !
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 25 mai 2017, 18:04

C'est une image poétique. Le sens est « validé » par la forme. C'est toujours le cas quand le poète est grand. Une belle forme, une belle invention.

Par contre,

« Mais des chansons spirituelles
Voltigent partout les groseilles. »

m'échappent...
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 25 mai 2017, 18:09

Tu aurais dû citer en entier :

« Que notre sang rie en nos veines,
Voici s’enchevêtrer les vignes. »

C'est le voisinage de ces deux vers, de ces deux idées, qui démontre que le poète est un « voyant » et un véritable créateur.
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 01 juin 2017, 16:09

J'ai mis en gras ce qui me semble particulièrement réussi. ;)


JEUNE MÉNAGE

La chambre est ouverte au ciel bleu turquin ;
Pas de place : des coffrets et des huches !
Dehors le mur est plein d’aristoloches
Où vibrent les gencives des lutins.

Que ce sont bien intrigues de génies
Cette dépense et ces désordres vains !
C’est la fée africaine qui fournit
La mûre, et les résilles dans les coins.

Plusieurs entrent, marraines mécontentes,
En pans de lumière dans les buffets,
Puis y restent ! le ménage s’absente
Peu sérieusement, et rien ne se fait.

Le marié a le vent qui le floue
Pendant son absence, ici, tout le temps.
Même des esprits des eaux, malfaisants
Entrent vaguer aux sphères de l’alcôve.


La nuit, l’amie oh, la lune de miel
Cueillera leur sourire et remplira
De mille bandeaux de cuivre le ciel.

Puis ils auront affaire au malin rat.

— S’il n’arrive pas un feu follet blême,
Comme un coup de fusil, après des vêpres.
— Ô spectres saints et blancs de Bethléem,
Charmez plutôt le bleu de leur fenêtre !

(A. Rimbaud, Poésies, 1872)


Notes

Turquin : d'un bleu foncé.
Huche : Grand coffre de bois rectangulaire à couvercle plat.
Aristoloche : Plante grimpante (Aristolochiacées), aux feuilles en coeur, aux fleurs jaunes, à corolle tubulaire et odeur nauséabonde.
Résille : Filet généralement de petite dimension, utilisé par exemple pour maintenir une coiffure ?
Vaguer : Aller au hasard, sans but précis.
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 09 juin 2017, 17:31

Est-elle almée ?… aux premières heures bleues
Se détruira-t-elle comme les fleurs feues…
Devant la splendide étendue où l’on sente
Souffler la ville énormément florissante !

C’est trop beau ! c’est trop beau ! mais c’est nécessaire
— Pour la Pêcheuse et la chanson du corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure !

(A. Rimbaud, Poésies, 1872)


Notes

Almée : Danseuse orientale ?
Feu : Mort depuis un certain temps.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 09 juin 2017, 17:37

Zut alors, si le soleil quitte ces bords !
Fuis, clair déluge ! Voici l’ombre des routes.
Dans les saules, dans la vieille cour d’honneur,
L’orage d’abord jette ses larges gouttes.

Ô cent agneaux, de l’idylle soldats blonds,
Des aqueducs, des bruyères amaigries,
Fuyez! plaine, déserts, prairie, horizons
Sont à la toilette rouge de l’orage !

Chien noir, brun pasteur dont le manteau s’engouffre,
Fuyez l’heure des éclairs supérieurs ;
Blond troupeau, quand voici nager ombre et soufre,
Tâchez de descendre à des retraits meilleurs.

Mais moi, Seigneur ! voici que mon Esprit vole,
Après les cieux glacés de rouge, sous les
Nuages célestes qui courent et volent
Sur cent Solognes longues comme un railway.

Voilà mille loups, mille graines sauvages
Qu’emporte, non sans aimer les liserons,
Cette religieuse après-midi d’orage
Sur l’Europe ancienne où cent hordes iront !

Après, le clair de lune ! partout la lande,
Rougissant leurs fronts aux cieux noirs, les guerriers
Chevauchent lentement leurs pâles coursiers !
Les cailloux sonnent sous cette fière bande !

− Et verrai-je le bois jaune et le val clair,
L’Épouse aux yeux bleus, l’homme au front rouge, − ô Gaule,
Et le blanc Agneau Pascal, à leurs pieds chers,
− Michel et Christine, − et Christ ! − fin de l’Idylle.

(A. Rimbaud, Poésies)


Note

Liseron : Plante herbacée, à tige volubile.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 09 juin 2017, 20:59

Liseron : Plante herbacée, à tige volubile. Indestructible paraît-il.

Plante de la famille des convolvulacées, fréquente dans les haies. (drôle de famille)
La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmise, qu'il fait bon vivre !
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 22 juin 2017, 18:38

MÉMOIRE


I

L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance ;
L’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
La soie, en foule et de lys pur des oriflammes
Sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

L’ébat des anges ; — non… le courant d’or en marche,
Meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d’herbe. Elle.
Sombre, avant le ciel bleu pour ciel de lit, appelle
Pour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche.


II

Eh ! l’humide carreau tend ses bouillons limpides !
L’eau meuble d’or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
Font les saules, d’où sautent les oiseaux sans brides.

Plus pure qu’un louis, jaune et chaude paupière
Le souci d’eau — ta foi conjugale, ô l’Épouse ! —
Au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
Au ciel gris de chaleur la sphère rose et chère.


III

Madame se tient trop debout dans la prairie
Prochaine où neigent les fils du travail ; l’ombrelle
Aux doigts ; foulant l’ombelle ; trop fière pour elle
Des enfants lisant dans la verdure fleurie

Leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme
Mille anges blancs qui se séparent sur la route,
S’éloigne par delà la montagne ! Elle, toute
Froide, et noire, court ! après le départ de l’homme !


IV

Regret des bras épais et jeunes d’herbe pure !
Or des lunes d’avril au cœur du saint lit ! Joie
Des chantiers riverains à l’abandon, en proie
Aux soirs d’août qui faisaient germer ces pourritures !

Qu’elle pleure à présent sous les remparts : l’haleine
Des peupliers d’en haut est pour la seule brise.
Puis, c’est la nappe, sans reflets, sans source, grise ―
Un vieux dragueur, dans sa barque immobile, peine.


V

Jouet de cet œil d’eau morne, je n’y puis prendre,
Ô canot immobile ! ô bras trop courts ! ni l’une
Ni l’autre fleur : ni la jaune qui m’importune,
Là ; ni la bleue, amis, à l’eau couleur de cendre.

Ah ! la poudre des saules qu’une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !…
Mon canot toujours fixe ; et sa chaîne tirée
Au fond de cet œil d’eau sans bords — à quelle boue ?

(A. Rimbaud, Derniers vers)


Notes

Oriflamme : Petit étendard, ancienne bannière des rois de France.
Ombelle : Inflorescence dans laquelle les fleurs, petites et nombreuses, s'élèvent toutes dans un même plan horizontal, sur une même surface sphérique ou ellipsoïdale, portées par des pédoncules partant tous du même point de la tige.
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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