Poésies (mont)parnassiennes

En vers ou en prose !
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 16 novembre 2016, 17:11

LE FLACON

Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre.
En ouvrant un coffret venu de l’Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l’âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D’où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintés d’azur, glacés de rose, lamés d’or.

Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l’air troublé ; les yeux se ferment ; le Vertige
Saisit l’âme vaincue et la pousse à deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains ;

Il la terrasse au bord d’un gouffre séculaire,
Où, Lazare odorant déchirant son suaire,
Se meut dans son réveil le cadavre spectral
D’un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence !
Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges ! liqueur
Qui me ronge, ô la vie et la mort de mon cœur !

(Les Fleurs du mal, 1861)
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 16 novembre 2016, 18:27

Je romps la série des Fleurs par une majesté hugolienne. Le contraste de style entre ces deux modernes, le cadet et l'aîné, est évident.


UN jour, le morne esprit, le prophète sublime
Qui rêvait à Patmos,
Et lisait, frémissant, sur le mur de l’abîme
De si lugubres mots,
Dit à son aigle : Ô monstre ! il faut que tu m’emportes.
Je veux voir Jéhovah. —
L’aigle obéit. Des cieux ils franchirent les portes ;
Enfin, Jean arriva ;
Il vit l’endroit sans nom dont nul archange n’ose
Traverser le milieu,
Et ce lieu redoutable était plein d’ombre, à cause
De la grandeur de Dieu.

(V. Hugo, Les Contemplations, 1855)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 17 novembre 2016, 15:14

ÉCLAIRCIE

L’O CÉAN resplendit sous sa vaste nuée.
L’onde, de son combat sans fin exténuée,
S’assoupit, et, laissant l’écueil se reposer,
Fait de toute la rive un immense baiser.
On dirait qu’en tous lieux, en même temps, la vie
Dissout le mal, le deuil, l’hiver, la nuit, l’envie,
Et que le mort couché dit au vivant debout :
Aime ! et qu’une âme obscure, épanouie en tout,
Avance doucement sa bouche vers nos lèvres.
L’être, éteignant dans l’ombre et l’extase ses fièvres,
Ouvrant ses flancs, ses seins, ses yeux, ses cœurs épars,
Dans ses pores profonds reçoit de toutes parts
La pénétration de la sève sacrée.
La grande paix d’en haut vient comme une marée.
Le brin d’herbe palpite aux fentes du pavé ;
Et l’âme a chaud. On sent que le nid est couvé.
L’infini semble plein d’un frisson de feuillée.
On croit être à cette heure où la terre éveillée
Entend le bruit que fait l’ouverture du jour,
Le premier pas du vent, du travail, de l’amour,
De l’homme, et le verrou de la porte sonore,
Et le hennissement du blanc cheval aurore.
Le moineau d’un coup d’aile, ainsi qu’un fol esprit,
Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit ;
L’air joue avec la mouche, et l’écume avec l’aigle ;
Le grave laboureur fait ses sillons et règle
La page où s’écrira le poëme des blés ;
Des pêcheurs sont là-bas sous un pampre attablés ;
L’horizon semble un rêve éblouissant où nage
L’écaille de la mer, la plume du nuage,
Car l’Océan est hydre et le nuage oiseau.
Une lueur, rayon vague, part du berceau
Qu’une femme balance au seuil d’une chaumière,
Dore les champs, les fleurs, l’onde et devient lumière
En touchant un tombeau qui dort près du clocher.
Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher
L’ombre, et la baise au front sous l’eau sombre et
hagarde.
Tout est doux, calme, heureux, apaisé ; Dieu regarde.

(V. Hugo, Les Contemplations, 1855)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 17 novembre 2016, 16:49

LE CHAT

I

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 17 novembre 2016, 16:56

Voici la version en vers de L'Invitation au voyage, c'est la première version de ce poème, très certainement :

L’INVITATION AU VOYAGE

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.

— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 18 novembre 2016, 17:41

L’IRRÉPARABLE

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? — dans quel vin ? — dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
À cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

À cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
À ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
À qui notre cœur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

— J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon cœur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 18 novembre 2016, 17:45

CAUSERIE

Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose !
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.

— Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme ;
Ce qu’elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme.
Ne cherchez plus mon cœur ; les bêtes l’ont mangé.

Mon cœur est un palais flétri par la cohue ;
On s’y soûle, on s’y tue, on s’y prend aux cheveux !
— Un parfum nage autour de votre gorge nue !…

Ô Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux !
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu’ont épargnés les bêtes !

(Les Fleurs du mal, 1861)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 18 novembre 2016, 18:55

« Mon cœur est un palais flétri par la cohue ! » Pas besoin de digressions vélaires, ces mots parlent.

Exactement à trop ignorer la beauté des choses, l'on oublie qu'elle peuvent être belles. Le monde s'abalourdit en ignorant son déclin.

Je suis une fille aconchée, je prends la vie du côté de l'irrision et cela fait jaboter dans mon dos. Je laisse couler, rien ne bouchera l'abée de mon moulin à paroles. Pas besoin de maître-à-danser pour mesurer combien les choses simples sont banalisées. La nana qui sort de magdelonentte se rebiffe. Les zylolâtres seront déçus, Liza n’est pas de bois ! Pas besoin d’écrire des virelais pour le chanter sur les toits ni de maraglier pour alerter les populations. J’avoue spontanément : La Fille d’acier a le cœur tendre !
La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmise, qu'il fait bon vivre !
Ma page Spleen...

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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse » 18 novembre 2016, 19:18

Je n'ai rien compris ! Il faut que je cherche tous ces mots. Qu'entends-tu par digressions vélaires ? Quel rapport une digression peut-elle avoir avec le voile du palais ? Tu parles comme une khâgneuse ou une hypokhâgneuse ! J'en ai connu une, c'était ma pire ennemie. J'aurai dû l'étrangler : cette dinde récitait Spleen IV en entier, à 18 ans, alors que je n'en connaissais que la moitié. Maudite toupie ! Voilà, c'était une digression, et pas vélaire s'il te plaît ! La suite après manger. Non, je vais regarder Koh-Lanta, ça va me reposer de Spleen.

Quant au fond de l'affaire, je te l'ai déjà dit : les brins d'acier fondent à une certaine température...
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza » 18 novembre 2016, 20:26

Je viens d'avoir un message : Erreur AJAX. Tu récures ta salle de bains.

J'ai compris, je dois parler comme tout le monde, c'est effectivement plus simple. J'aime les vieux mots, je les enverrai ailleurs, ce n'est pas un souci.

Je voulais dire digresser sur le voile du palais.

Je vais demander à Lou s'il peut te faire passer mon dico, tu auras mes amours sous la main. Il est en PDF protégé, il peut, peut-être, le dépeigner. La recherche de rimes m'amène à trouver des mots peu usités. Cela enrichi mon vocabulaire.

Cela semble un calvaire pour le lecteur, même en m'apliquant à rédiger un texte court. Merci de me le signaler.

Pour l'article ?
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