Marie, aime-le !

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Dona
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Marie, aime-le !

Message par Dona » 09 janvier 2016, 22:05

Je me suis souvenue de cette histoire quand j'ai retrouvé cet article de presse.

Ca ferait un bon début de roman non? Smile Le public n'a pas été réactif une seule seconde ... c'est pathétique ... Peut-être n'a t-il pas compris ce dont il s'agissait vraiment? En tous cas, chapeau au journaliste! Son papier est particulièrement réussi!

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« Marie, aime-le ! »

L'autre soir, écoutez cette histoire, le rideau allait se lever sur Le roi se meurt, au Théâtre national de l'Odéon. De l'orchestre au poulailler, la salle était comble, et, dans cette foule de spectateurs, il y avait de tout, des bourgeois, des étudiants, des employés, des snobs et des pauvres, des jeunes et des vieux, et bien sûr, des Japonais à l'affût de la culture occidentale. (...)

Soudain, traversant la salle, enjambant le proscenium, monte sur la scène, devant le rideau, un jeune homme blond. Il regarde la salle. Il a le trac, comme on dit. D'un sac bleu, il sort un mégaphone rouge. « Je ne fais pas partie du spectacle, dit-il, au milieu de la stupeur générale et du silence, je voudrais simplement vous dire que j'aime une jeune fille, et elle ne m'aime plus. Elle est là. » Et il désigne une avant-scène où effectivement toutes les têtes qui se tournent dans la direction indiquée aperçoivent une jolie jeune fille, le visage dégagé par toute sa chevelure blonde en queue de cheval. « Alors, comme elle ne veut plus m'aimer, je voudrais que tous ensemble vous lui disiez : Marie, aime-le, Marie, aime-le !»

À ce moment-là, la jeune fille se lève et s'enfuit dans les couloirs. Des machinistes du plateau apparaissent et entraînent le jeune homme en coulisse. Que croyez-vous que la salle fit ? Elle resta muette. Personne ne cria : Marie, aime-le ! Personne n'applaudit. Vite, les lumières se sont éteintes, le rideau s'est levé et l'on s'est retrouvé entre gens distingués, et non exalté comme ce jeune homme de dix-neuf ans qui venait de jouer l'un des plus beaux personnages de la comédie humaine. Au cours de la représentation, plus tard, la jeune fille revint s'asseoir à sa place ; elle avait beaucoup pleuré, mais elle était seule. Mais comme l'on voudrait remercier le jeune homme d'avoir compris, lui, que le théâtre est encore un lieu où se glorifie l'amour fou."

Antoine Bourseiller, Le Monde, 9-10.01.1997.

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