La Reine du royaume

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Re: La Reine du royaume

Message par Liza » 12 juin 2018, 20:50

Oui, j'y passe.
Je dépose parfois le même texte un peu plus tard.
On ne me donne jamais rien, même pas mon âge !
Ma page Spleen...

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Re: La Reine du royaume

Message par Montparnasse » 12 juin 2018, 20:52

Toujours les mêmes grincheux coincés ?
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: La Reine du royaume

Message par Dona » 12 juin 2018, 21:14

Oui, moi je vais encore sur AVP, pour le jeu essentiellement.

@Mont'p : mes grands-parents ont pas mal vécu à l'étranger, oui, du temps de l'Afrique et de l'Asie coloniale (mon grand-père était militaire). Ils ont eu des grandes villas et des domestiques. Mais lorsqu'ils ont dû partir, ils sont rentrés sans rien. Ils ont tenu une pension de famille ensuite, dans une petite commune au bord de la mer, pas très loin de Nantes. L'Evêché leur avait confié ce bien pour le faire "fructifier".
Je crois que j'arrive à un âge où tout ceci prend davantage d'intérêt. Les racines et toutes ces choses.... :mrgreen:

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Re: La Reine du royaume

Message par Montparnasse » 12 juin 2018, 22:35

Mes parents côté maternel avaient aussi en Egypte, en tant que Français, une vie assez faste. Mon grand-père était architecte, sa sœur couturière du roi Farouk qui fut renversé par Nasser. Après la crise du canal de Suez (1956), les Anglais et les Français ont été chassés d'Egypte en quelques jours et ont perdu tout ce qu'ils possédaient sur place. Parmi ceux que ma mère connaissaient et qui sont arrivés en France en même temps qu'elle ou quelques années avant : Claude François (1956), Dalida (1954), Georges Moustaki (1951).

@Dona : en quelle année sont-ils arrivés en France ? En 1954 (Accords de Genève) ?
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: La Reine du royaume

Message par Dona » 13 juin 2018, 12:20

Tu te rends compte de la singularité de ces existences ? C'est assez fabuleux. Ca vaudrait le coup d'être raconté ! Mais lorsque qu'on s'attaque au matériau familial, il y a plein de réticences et de gênes possibles...

Mes grands-parents, je ne sais pas trop quand ils sont rentrés... J'ai peu de traces et les papiers militaires de mon grand-père ne me renseignent pas suffisamment. Je ne les ai pas tous et pour les avoir, il faudrait que je contacte mon vieil oncle, son fils... Je me rends compte que j'ai vécu "la légende" de mes grands-parents, que j'ai plein d'objets et photos leur appartenant qui témoignent de leur vie passé mais je n'ai rien d'écrit à part trois notifications de décorations militaires durant trois batailles décisives (14-18/ Sahara/ Laos)...

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Re: La Reine du royaume

Message par Dona » 07 juillet 2018, 10:31

LA REINE DU ROYAUME (suite 2)


Edouardine noue son bonnet de coton autour de son cou. Sa marraine, Clothilde, lui en a cousu un autre, en toile de batiste, brodé de petites fleurs blanches au pistil en relief. Du point de bourdon. On ne le met qu'aux cérémonies et à la messe.Soeur Clothilde de la Pénitence, dont la photographie trône sur la cheminée, vit dans un cloître. C'est la sœur de sa mère. Edouardine l'a vue deux fois : quand elle avait trois ans mais elle ne s'en souvient pas, et à l'âge de six ans. C'était l'année dernière. Les sœurs ont droit à une visite de famille triennale. Le reste du temps, elles prient et font de la broderie.

Marie-Constance observe sa fille, de dos.
Edouardine bat des blancs d’œufs dans une petite jatte en terre. Elle est trop jeune pour aller jusqu’au bout, mais il faut qu’elle apprenne. Sa mère admire son geste, déjà expérimenté. La petite fille, tenant la jatte à l’oblique, fouette vigoureusement son contenu.
- Faut pas s'arrêter !
Une mèche ou deux, échappées du bonnet, s'agitent dans son cou, au rythme de son mouvement de bras. Ses petites épaules frémissent et la chair hâlée du soleil de juin sent bon. La santé des champs.
Marie-Constance a envie de poser sa tête sur cette nuque enfantine, d'en sentir la sève, toute jeune, d'en écouter l'ardeur qui bat comme un pouls. Elle aimerait embrasser cette joue charnue d'enfance encore. Embrasser sa fille, elle aimerait.
Elle respire son odeur, parfum des herbes chaudes et de l'air d'été.
Edouardine, c'est son bébé. Sept ans. La seule fille. Toute petite déjà, Edouardine montrait de la vigueur. Tous, ils s'amusaient de ses mimiques arrondies, de son babil incessant, de ses facéties. Ses frères avaient déjà trois et quatre ans lorsqu'elle était née. Un joli petit jouet, une jolie petite poupée. Une petite femme en minuscule, s'attendrissait Alphonse. Ma princesse, s'émerveillait Marie-Constance.


Edouardine est troublée. Elle sent la respiration de sa mère dans son cou. Cette extrême promiscuité la rend nerveuse. Marie-Constance l'observe, la juge même.
Un léger faiblissement de l'épaule. Les lèvres pincées, un peu vexée que sa force fléchisse juste maintenant, le front plissé, tout à son effort, la fillette s'applique du mieux qu'elle peut mais finit par s'arrêter. C'est trop difficile.
- Si tu t'arrêtes à chaque fois qu'ça tire, vont pas monter bien haut, tes blancs !
La mère bouscule un peu la petite fille et d'un geste autoritaire, s'empare de la jatte et du fouet.
- R'garde donc qu'y' on fait !

Une mer moussue de neige naît dans le récipient. Ou alors c'est une montagne. Une montagne de neige. Avec des petits chemins creux et des vagues crêpues.
- Tiens ! R'garde donc bien si sont bons, dit Marie-Constance, quelques minutes plus tard.
Edouardine prend la jatte à deux mains, la retourne, à l'envers.
Et il ne se passe rien. Les blancs en neige de Marie-Constance défient toutes les lois de l'attraction terrestre, restent une montagne de neige, à l'envers.
Sa mère en est assez fière, le rose aux joues, un sourire aux lèvres.
Faut y mettre un peu de gros sel. Pas beaucoup, juste de quoi d'faire tenir.

Edouardine a le privilège de poser sept grains de gros sel sur la montagne. Sa mère s'affaire à mélanger la pâte à gâteau, posée là-bas, sur la maie. Irradiés par le soleil qui entre par la vieille fenêtre, les grains de sel font des étoiles, démultipliant en faisceaux lumineux, la lumière. La montagne de neige, d'un blanc pur, dentelée de petites crêtes et de sillons rocheux, brille de ses sept feux.
- Mais faut les enfoncer tes grains de sel, nigaude ! dit Marie-Constance, en se retournant.

La mère porte un simple bonnet sans dentelles ni broderie et de longs jupons foncés, d'un brun sombre, en lin. Trois fois par semaine, elle enfile autour de son cou une longue chaîne qui retient une paire de ciseaux – son seul bijou – pour aller ramender les filets de pêche. Il lui arrive de pêcher sur la plage, ou bien dans les rochers pour agrémenter le quotidien. Parfois, elle descend dans les canots tout frais accostés pour compter la sardine, quand on veut bien d'elle. Elle gagne alors un peu plus. Elle est courageuse.
L'autre jour, Amandine, la femme de Vignereau, est venue, coiffée d'une dentelle particulière. Un parement ajouré descendait sur son front, formant une sorte de petit diadème : « un dalet  » qu'on porte sur le devant plutôt qu'à l'arrière. C'est la couturière qui l'a dit. La dernière mode. Les femmes du village portent des jupes de couleurs vives, rouge ou bleu et des camisoles jaunes ou vertes. Les dimanches de bal, les filles portent des bijoux. Des camées en pierre ou en coquillages font des boucles d’oreille, des broches ou des bagues.
Marie-Constance n'est pas coquette. Mais ces richesses entrevues, la gaieté qui vient des étoffes colorées lui font envie. Seulement, on n'a pas de quoi. Il est inutile de songer à ces parures. Depuis qu'Alphonse ne travaille plus, la vie est encore plus dure. Et puis, on n'est pas au bourg, ici. Ici, c'est la campagne. Quelques bêtes, le potager, les arbres fruitiers.

Parfois, il vient au cœur de Marie-Constance, une douleur angoissante. C'est la peur. Comme si elle tombait dans un marais malveillant. Elle tombe et se débat dans des sables-mouvants, des sables-mourants comme disent les vieux. Et plus elle se débat, plus elle s'enfonce. Il vaut mieux ne pas trop penser. La pensée de tout ce qui ne va pas réduit la force des gens malheureux et enlève leur courage. Mais quand même...
Marie-Constance pense à l'avenir. Aux trois enfants. A son mari. Et son cœur se serre. Quand on est miséreux dans ce monde, on l'est pour de bon. Y'a qu'à travailler.
C'est pour ça qu'elle n'aime pas la fainéantise. On n'a pas le droit d'être paresseux quand on est pauvre. La dignité, c'est dans le travail qu'on la trouve. Au moins, ça, on peut pas vous l'enlever, le courage.

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Re: La Reine du royaume

Message par Dona » 10 juillet 2018, 17:25

( suite 3)


[center]*[/center]



Madame Haupin observait Edouardine.
La petite fille était habile, elle le pressentait. Il était si rare de nos jours de trouver une bonne apprentie.

Madame Hautpin dirigeait un atelier de dentelle et broderie, aux Sables d'Olonne. Depuis un long moment, au marché, la fillette était très attentive au travail de Jeanine, son ouvrière, assise sur un trépied qui maniait des drôles de bobines sur un drôle de coussin. Sa mère l'avait laissée, occupée à marchander un coq qui manquait à sa basse-cour et comme l'affaire durait un peu et que le stand du volailler n'était pas très loin, elle avait sommé sa fille de l'attendre à la dentelle et de n'en pas bouger.
C'était la première fois qu'Edouardine y prêtait autant d'attention. Les jabots, les filets, les guipures, les passements, les pampilles foisonnaient sur le stand dans une blancheur arachnéenne et immaculée. Des coiffes empesées, aussi différentes les unes que les autres, d'une merveilleuse élégance, décoraient un velours posé sur la longue table dans une mise en scène de couleurs, splendide. Des Bocquines : des coiffes plates avec des petits plis sur le dessus et une large broderie confectionnée aux aiguilles autour ; des Quichenottes, pour le travail des champs, sans broderie ; les coiffes des ramendeuses, les coiffes de deuil, toutes simples, les coiffes de demi-deuil, les coiffes de cérémonie dentelées et brodées et bien sûr, la coiffe de la Sablaise, la plus belle, la plus ouvragée. Toutes ces ciselures de dentelles, noires ou blanches, contrastaient avec la lourde nappe en velours rouge.
— Comment tu t'appelles, finit par demander madame Hautpin, devant la fillette, conquise par la dextérité de la dentellière.
« Edouardine » s'échappa d'une bouche en cœur et de deux yeux francs.
— Tu as déjà essayé ?
— Non, répliqua la petite.
— Tu veux essayer ? proposa la patronne de l'atelier.
Il arrivait qu'à la foire, on trouve de bonnes fillettes, courageuses et honnêtes au travail.

Edouardine prit place sur un petit siège confortable. Madame Hautpin commença la leçon elle-même :
— Là : ce support en velours, c'est le carreau, pour poser ton ouvrage. Les épingles de tête servent à tenir et dessiner ta dentelle. Ces drôles de bobines, là, ce sont les fuseaux. On utilise seulement du fil de soie ou de lin ou de coton très fin. Le carton : c'est pour ton dessin. Tu vois ces petits trous ? Chaque trou compose ton dessin. Quand on fait ces trous, on utilise un piquoir. Il suffit de déplacer les épingles en suivant le tracé du dessin, sur le carton et de passer tes fils autour des épingles. Voilà le carton. Tu vois le dessin ?
— Oui, répondit Edouardine, docilement.
— On travaille toujours par paire : deux fuseaux à chaque fois. Nous allons essayer
le point à la Vierge. Regarde-moi tout d'abord. On apprend toujours par les yeux pour commencer. Observe bien mes poignets : tout est dans le geste.
Madame Hautpin plaça quatre épingles en haut d'un carton perforé.
— Epingles à gauche : je prends les deux paires de fuseaux, je tourne deux fois, je croise, je tourne, je croise, fuseaux à gauche, je pose. Je prends mes deux paires de fuseaux à droite, je tourne deux fois, je croise, je tourne, je croise, fuseaux à droite, je pose. Regarde : on a huit fuseaux. Tu as vu ?
— Oui madame, dit l'enfant avec respect.
— Partons à présent du centre : épingle de tête au centre et on recommence. Et je tourne deux fois, je croise, je tourne, je croise, pose des fuseaux. Tu as compris ?
— Oui !
— Regarde : nous avons déjà un début de broderie !
— Oui ! répondit Edouardine, émerveillée.
De minuscules petits points ajourés se dessinaient au-dessus le carton.
— Assieds-toi à ma place. A toi maintenant !

L'enfant prit les deux premières paires de fuseaux et sous la houlette de son professeur, gravement, suivit le dessin de dentelle imprimé sur le carton. Eh bien ! pensa madame Hautpin, elle a déjà le tour de main. Son tourné est presque impeccable ! La fillette hésitait à peine et sous l'égide tutélaire de madame Hutpin qui semblait tant apprécier son travail, Edouardine poursuivit son effort. Même Jeanine, l'ouvrière, s'était arrêtée de broder et hochait la tête de satisfaction à la vue de l'enfant, opiniâtre dans sa besogne, soigneuse dans son allure et tenace apparemment, de tempérament.
— Tu pourras l'emmener. Ce que tu as fait, tu pourras l'emmener, dit madame Hautpin.
Elle aussi avait l'air satisfaite.
— Elle se débrouille bien ! lança-t-elle à Jeanine qui lui répondit par un sourire.
— Tu es douée ! Où est ta maman ?
— Au stand du volailler. Elle va revenir me chercher.
— Continue ma grande, continue !
Edouardine était passée à l'épingle, située à gauche de la première. Le carton perforé présentait un petit losange et il se tramait peu à peu, non sans fierté.

Marie-Constance venait de s'approcher du stand. Un coq dodu et excité, aux plumes rousses, se tenait dans son panier.
Elle observa sa fille qui cessa toutefois son ouvrage dès qu'elle vit sa mère si près d'elle. Il n'était pas bon de faire attendre Marie-Constance.
Madame Hautpin eut son idée :
— Vous avez de la chance ! Elle a l'air bien obéissante en plus d'être vraiment douée ! Regardez ce qu'elle a fait.
La dentellière défit l'ouvrage de l'enfant, avec précaution mais d'un doigt habile.
— La trame est parfaite ! C'est rare, vous savez ! Elle n'a jamais appris ?
— Non, répondit Marie-Constance.
— J'aurais bien besoin d'une apprentie. Je pourrais la prendre. Nous avons déjà Marie-Sidonie, qui a treize ans. Elle travaille très bien mais elle n'a pas appris aussi vite que votre fille ! C'est un bon métier, vous savez, dentellière ? Il y a toujours du travail pour une bonne dentellière.
— Elle est trop p'tite ! répliqua Marie-Constance, avec l'air buté qu'elle avait dès qu'elle flairait un mauvais coup.

Cette grande dame l'impressionnait mais il n' était pas question de le lui montrer. Elle savait que sa fille était courageuse et s'appliquait avec une patience qu'elle n'avait pas elle-même, dans certains travaux d'aiguille. Edouardine avait déjà ravaudé son bonnet brodé, décousu sur un côté et tenté une timide broderie sur un bout de son tablier et plusieurs fois déjà, la petite fille avait reprisé des chaussettes et recousu son paletot. C'était une bonne gosse. Mais le regard de madame Hautpin, d'une bienveillance gênante, intruse, la mettait mal à l'aise.
— Viens ! Faut rentrer maintenant !
— Pensez à ce que je vous ai dit, tout de même, conseilla madame Hautpin, les yeux plissés, un peu hautaine.
Il était rare qu'elle fasse une proposition d'apprentissage aussi rapide et cette fermière ne se rendait même pas compte de la chance qu'elle lui offrait pour son enfant.
— Elle va à l'école, c'est obligatoire, déclara Marie-Constance, d'un air grave.
Pour une fois, l'école lui apparaissait d'utilité publique : on n'exploitait plus les enfants comme autrefois.
— Mais je lui ferai la classe ! Pensez donc que ce n'est pas l'école qui est obligatoire mais l'instruction. Je le fais pour Marie-Sidonie. Lecture, écriture, calcul, trois fois par semaine. J'ai dû écrire une lettre au maire pour l'assurer de ces soins, il l'a acceptée. Ça ne pose pas de problème quand on propose une formation à un enfant.
— Et elle loge où votre apprentie ?
— A l'atelier, dans une chambre individuelle. Si votre petite venait chez moi, elle logerait avec elle.
— C'est où ?
— Aux Sables d'Olonne, le quartier de la Chaume.
Edouardine n'osait pas regarder sa mère. Un drôle de silence venait de clore la bouche de Marie-Constance. Réfléchissait-elle ?
— Trop loin. On la verrait plus.
— Elle rentrerait pour les vacances. Comme Marie-Sidonie ! Et vous pourriez venir la voir, dame !
Une menace pesa dans l'atmosphère ; tout cela était d'une réalité si évidente que Marie-Constance prit peur. Ça paraissait si facile. Sans le sentir, elle serra plus fort la main de sa fille.
— Réfléchissez bien, ma bonne. C'est moi qui fournis le matériel professionnel, ce n'est pas comme dans les écoles. Je demande juste une contrepartie en nourriture, à la semaine. Le père de Marie-Sidonie nous livre du porc et des saucisses tous les samedis ainsi que deux cageots de légumes. C'est un contrat que nous avons négocié ensemble.
— On est trop loin, on pourrait pas fournir comme ça tous les samedis. Et pis, elle est trop petite ! finit par lancer Marie-Constance et d'une manière si hargneuse que la dentellière n'osa plus insister. Mais elle connaissait ces pauvres gens : ils allaient réfléchir. Au vue de leur mise, la femme et l'enfant, ils ne roulaient pas sur l'or. Le travail était la seule force qu'ils respectaient. Ne pas en avoir les tuait. C'était une chance en or qu'elle offrait. Sagement, Edouardine salua les dentellières. Dans sa main, elle serra un minuscule ruban de dentelle. C'était le sien.

Malgré sa déception et le sentiment d'avoir été dédaignée par cette jeune femme en habit des champs, tenant son panier à volaille comme une richesse rare, madame Hautpin ne doutait pas d'avoir réussi à insinuer le doute dans l'esprit de la paysanne. Elle regarda s'éloigner la fillette en galoches, vêtue d'un jupon en lin sans couleur et d'un châle fané. « C'est bien dommage pour la petite, elle travaille vraiment bien. » songea-t-elle.

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Re: La Reine du royaume

Message par Liza » 10 juillet 2018, 19:10

Je n'ai pas trouvé la définition de dalet.
Est-ce un mot local ?
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Re: La Reine du royaume

Message par Dona » 10 juillet 2018, 20:13

Liza a écrit :
10 juillet 2018, 19:10
Je n'ai pas trouvé la définition de dalet.
Est-ce un mot local ?
Oui, Liza. Je ne l'ai trouvé nulle part ailleurs excepté dans le lexique de la coiffe des Sablaises (les femmes des Sables d'Olonne). Il s'agit d'un petit ornement en dentelle, apparu aux environs de 1890 et qu'on porte sur le front.

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Re: La Reine du royaume

Message par Dona » 12 juillet 2018, 12:46

Bon... y'a une couille dans l'harmonium (pardonnez cette expression triviale mais elle est à propos ! :mrgreen: )

Ce n'est pas au bons endroits tout ça... Faut que je refasse la géographie des lieux. Suite au prochain changement d'aiguillage...

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